22 mars 2016

Sénart en Essonne : quand l’agenda 21 stimule le développement économique local

Au sud de Paris, le Syndicat d’agglomération nouvelle (SAN) Sénart en Essonne (intégré depuis le premier janvier à l’agglomération de Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart) développe depuis 2008 un réseau d’échange local qui stimule l’engagement citoyen, le lien social et les solidarités sur un territoire trop souvent perçu comme villes dortoir.

Enquête par : Philippe Chibani-Jacquot

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Contact

Eric COQUELIN
Chargé de mission Développement Durable
Communauté d'Agglomération Grand Paris Sud 500, place des Champs-Elysées - BP 62
COURCOURONNES - 91054 Evry Cedex
Tel : 01 69 89 88 18
Courriel : e.coquelin@grandparissud.fr

http://www.grandparissud.fr/

L’ex SAN Sénart en Essonne, fusionnée dans le Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart depuis le 1er janvier, conjugue l’histoire de la ville nouvelle de Sénart et de 20 autres communes. A première vue, le territoire, essonien, vit au rythme d’une banlieue dortoir, dominée par l’omniprésent Carré Sénart qui regroupe l’un des plus gros centre commercial d’Île-de-France, les services publics, des entreprises et un centre universitaire. Mais en y regardant d’un peu plus près, la société civile de ce coin de banlieue de la grande couronne est animée d’un activisme croissant. Les initiatives citoyennes y fourmillent grâce, notamment, au Réseau d’échange local (REL). Ateliers participatifs, projections de films, débats en tous lieux et à toute heure… des dizaines de rendez-vous dont la particularité est d’être produits par les membres du REL qui choisissent les thématiques et les formes qu’ils souhaitent partager.

De l’intention à l’action

L’idée de ce réseau naît en 2008, dans la foulée du Grenelle de l’environnement. Le SAN s’est engagée depuis 2007 aux côté du conseil général de l’Essonnelors de la mise en place d’un Agenda 21 départemental. Les élus du SAN souhaitaient placer au cœur de cet engagement, l’implication des habitants afin de renforcer le lien social, la solidarité, la sensibilisation à l’environnement. Qu’ils soient simples citoyens, associations, collectivités, acteurs économiques du territoire de l’agglomération ou à proximité, l’intention est d’agréger toutes celles et tous ceux qui sont prêt-es à agir, organiser, dynamiser la vie citoyenne. Conséquence : la vitalité du réseau repose sur la coconstruction des événements et activités par les membres eux-mêmes.« le Réseau d’échange local n’est pas qu'un dispositif public, c’est aussi une dynamique de territoire. », résume Eric Coquelin, chargé de mission au service développement durable du SAN.

Six ans après son lancement, le Réseau d’échange local compte un millier de membres. Ciné conférences, café rencontres, ateliers collaboratifs, visite d’entreprises solidaires, fête du développement durable, sans oublier la participation du réseau au festival international du film d’environnement de Sénart en Essonne, ... En 2016, la thématique choisie sera « Ma ville, demain » avec une tendance forte pour l’organisation d’ateliers collaboratifs : comment faire soi-même ses cosmétiques, apprendre à jardiner bio…

Un dispositif peu coûteux, mais prolifique

Le coût du réseau d’échange local pour la collectivité reste modeste. Il comprend la mobilisation du chargé de mission à plein temps sur l’animation du REL et d’une enveloppe annuelle de 15 000 euros pour soutenir certaines actions et financer la communication des événements. L’investissement en temps humain, est en revanche important :

Lorsque les élus de la petite commune de Morsang-sur-Seine interpellent le service du développement économique de l’agglomération pour être soutenus dans leur démarche de création d’un commerce de proximité, Eric Coquelin tend l’oreille. L’installation d’un commerce de ce type , qui s’intègre au projet de rénovation de la place et du local commercial, a pour objectif de créer un point d’animation dans le village. Point de vigilance : le coût pour la collectivité est important (près de 300 000€) pour la rénovation, la mise aux normes et l’adaption à la destination commerciale. L’étude de faisabilité menée par le service de développement économique atteste d'ailleurs qu’une simple boulangerie ne serait pas pérenne. Il faut donc résoudre le problème de la pérennité économique de la structure.

Le service développement durable avance l’idée de créer un commerce multiservices, s’appuyant sur l’’expérience du réseau d’échange local qui a montré que c’est en multipliant les connexions qu’un projet, même commercial, peut se développer. Au même moment, Jean-Christophe Claparède, gérant d’un commerce dans un village voisin, présente un projet d’épicerie, dépôt de pain et restaurant. Il est choisi par la commune et ouvre le Tambour début 2014. Avant même l’ouverture, le SAN invite le commerçant à s’embarquer dans l’aventure du réseau d’échange local, ce qu’il accepte tout de suite : « J’ai toujours eu envie de lier à mon activité un engagement citoyen, même si mon objectif premier est de créer une entreprise viable et favoriser l’économie locale. J’ai un commerce indépendant, ce qui me permet de mettre en rayon les produits que je souhaite et notamment les produits locaux, en circuit court », raconte le commerçant. Il accueille des cafés conférences, il ouvre les portes de son restaurant pour des ateliers ( découverte du piano à l’école du village, etc.) …

Son engagement dans le REL nourrit sa propre activité. « Je n’ai pas le temps de faire de prospection. Les échanges au sein du réseau m’aident aussi à cela ». C’est par exemple en assistant à une projection débat du REL sur les abeilles en péril que Jean-Christophe rencontre Malika, une apicultrice locale, dont il vend aujourd’hui le miel. Mais le réseau est aussi l’occasion de développer des relations non marchandes. En dehors de l’accueil d’événements, Jean-Christophe a noué des liens avec les artisans locaux qu’il expose gratuitement dans ses vitrines. Il a aussi installé une bibliothèque en libre-service sur le modèle des Give Box (une simple étagère où chacun peut déposer un livre, un objet qu’un autre prendra sans frais) qu’il a découvert via le réseau d’échange local. Un espace de gratuité dans un commerce… une approche innovante.

Maintenir la vitalité d’un tel réseau reste un travail de longue haleine car il est souvent difficile, pour chacun, d’outrepasser la pression du quotidien qui réduit souvent nos désirs d’une vie citoyenne riche à un vœu pieu. Le REL ne pourrait (encore) se passer de l’animation prodiguée par la collectivité. Cela induit, comme d’autres territoires l’ont fait, de « former » les citoyens à l’action locale et d’ancrer au plus profond de la population la culture de la participation. Mais ces six années de REL ont déjà démontré que lorsqu’ils sont accompagnés, les citoyens sont en mesure de faire vivre leur territoire et de contribuer à son identité propre.

Nouvelle relation entre élus et habitants

Cette vitalité citoyenne apportée par le REL est aussi l’occasion d’aborder différemment le lien entre élu-es et administré-es : « Les élus locaux viennent sur les événements et savent que ce ne sont pas des lieux de politique politicienne, sinon ils se feraient rapidement recadrer.» Pour autant, la vie du réseau peut servir les politiques publiques. Par exemple, lorsque le réseau organise des ateliers sur le tri sélectif, cela représente, pour la collectivité l’opportunité de faire connaître aux habitants les consignes de tri qu’elle a établies et qu’ils peuvent s’approprier (valorisation des politiques de prévention des déchets).

Le rôle de la collectivité, par l’entremise de son chargé de mission, est d’animer le réseau. « Je n’organise rien… Mon travail est celui d’un facilitateur public afin que la coconstruction des actions aboutisse au mieux (…) Nous ne sommes pas là pour offrir un service clé en main ou financer une sortie. Nous incitons à réfléchir ensemble au regard des attentes de chacun », explique Eric Coquelin. Autrement dit, la collectivité ne tire pas les fils, mais aide à les relier, les entrecroiser pour consolider une toile dont les intersections se multiplient progressivement.