Désespoir des Français. Et pourtant, il y a l'économie sociale et solidaire...

Tribune parue dans Libération.fr le 2/04/2014.

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Déroute, claque, fiasco. Peu importe les qualificatifs : les résultats des élections municipales de ce week-end traduisent l'exaspération des Français. Plus qu'une exaspération, une soif de renouveau, de vrai changement. Nos concitoyens ne demandent pas la lune ! Ils veulent un emploi, un logement, plus de justice sociale et plus de facilités pour entreprendre. En d'autres termes de l'espoir et des perspectives d'avenir.

Les anciennes recettes ne fonctionnent plus. Il est temps de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière ou plutôt dans l'économie. Une économie dont les modes de fonctionnement et de non redistribution des richesses sont - faut-il le rappeler - à l'origine de la crise que nous vivons depuis bientôt 10 ans. Le gouvernement précédent avait pourtant senti les choses : volonté de relocaliser l'économie avec la promotion du Made In France, soutien au crowdfunding pour palier les faiblesses des banques et favoriser l'entrepreneuriat, renforcement de la place de l'humain dans l'économie avec la création d'un Ministère délégué à l'économie sociale et solidaire et un texte de loi assurant le développement de cette économie d'avenir.

Cette loi prévoit entre autres choses des dispositifs de financement et des leviers de développement de l'économie sociale et solidaire. Cette économie est basée sur la démocratie, se compose d'entreprises qui répondent aux besoins sociaux et environnementaux des citoyens et favorise une juste redistribution des bénéfices. Vous la connaissez ! Ce sont les associations, les mutuelles, les coopératives et les entreprises sociales. Représentant 10% de l'emploi, elles ne font décidément pas partie d'une économie marginale. Ce sont ces entreprises qui innovent socialement sur le champ de la santé, du commerce équitable, de l'agriculture biologique, de l'environnement ou encore de l'insertion des personnes en situation d'exclusion... Elles créent des emplois, proposent de nouvelles solutions face aux défis sociétaux et sont des modèles d'engagement pour les jeunes de notre pays. Elles sont un formidable réservoir d'espoir, d'idéal dans une société touchée par une crise profonde et majeure sans précédent.

Il est urgent de faciliter l'entrepreneuriat social et de permettre aux structures de l'économie sociale et solidaire de se développer à grande échelle. Grâce au projet de loi qui doit en principe être voté fin avril, ces entreprises pourront prendre leur essor et quadriller le territoire. Ce sont elles qui proposeront de nouveaux modèles d'économie, créeront de l'emploi, rendront le développement de nos villes plus durable, proposeront des nouvelles solutions en matière de logement, de consommation ou encore de mobilité. Ce sont elles qui assureront un futur plus doux à nos enfants.

Mais encore faut-il que cette loi soit effectivement votée à l'Assemblée. Encore faut-il que le vote soit suivi de décrets d'application. Encore faut-il faciliter concrètement l'accès aux dispositifs de financement. Que deviendra cette proposition de loi avec le remaniement ? Les entrepreneurs de l'économie sociale et solidaire attendent ces mesures depuis bientôt cinq ans, ils pourraient attendre encore. Mais les citoyens, eux, ont perdu patience. Le nouveau gouvernement et le Chef de l'Etat ont la responsabilité de soutenir l'économie sociale et solidaire. Elle a prouvé qu'elle était efficace, créatrice d'emplois et indispensable à la société parce qu'elle porte en elle une bonne partie des réponses à la crise et aux injustices que connaissent ceux qui ont voté pour les extrêmes ou qui se sont abstenus.

L'économie sociale et solidaire prouve que tout n'est pas perdu. Que chaque citoyen peut changer la donne à son échelle, que travail peut rimer avec justice et bien-être, que l'entreprise peut créer de la richesse en préservant l'environnement (et ses salariés), que les décideurs politiques peuvent proposer de nouveaux horizons à leurs électeurs. Ne perdons plus de temps : il est urgent de développer l'économie sociale et solidaire.

Jean-Marc Brûlé
Président de l'
Atelier - Centre de ressources régional de l'économie sociale et solidaire

Eric Forti
Président de la
Chambre régionale de l'économie sociale et solidaire d'Île-de-France